Ride the World in Style

Ride the World in Style
Kawasaki W650

Welcome to my nightmare

Oh moi je ne suis qu'un bouffon Messires !
Un acrobate verbal pour mieux vous faire rire,
Jongleur grammatical et n'étant pas bien né,
Je mendie les regards et fais des pieds de nez.
N'ayant que peu de foi en la nature humaine,
Je traque les fissures de ses allures mondaines.
Je dis les vérités que l'on déteste entendre
Et attire la haine quand je voudrais du tendre.
Mais mon vocabulaire est une bien piètre épée
Et je vous laisse Messieurs l'honneur de batailler.
Nish

samedi 30 janvier 2010

Nish Man - Hongkong



    Hong
    Kong
     


    L'avion ne s'écrase pas
    juste au moment d'atterrir, c'est l'aéroport qui est fichu comme ça;
    n'oubliez pas de faire coucou aux ménagères quand vous passerez devant
    leurs fenêtres. Sans rire, s'il vous faut atterrir à Hong Kong de
    jour, insistez au départ pour avoir une place près du hublot. Ces
    piqués en pleine ville vont bientôt disparaître puisqu'un nouvel
    aéroport est en construction (ainsi qu'un gigantesque pont) sur une
    île à l'écart. En général, les voyageurs ont encore le sourire
    quand ils prennent l'autocar qui les mène de l'avion à l'aéroport.
    Leur sourire disparaît lorsqu'ils voient la queue devant les guichets
    des visas d'entrée. Il faut bien commencer quelque part et ce sera
    loin d'être la dernière fois.


    Puis, passée la douane,
    c'est la gloire, l'arrivée proprement dite! On se croirait dans une
    scène hollywoodienne ! Un véritable portail de verre s'écarte et
    vous voilà dominant la foule amassée sur les côtés d'une espèce
    de toboggan recouvert de caoutchouc noir. Il vous est donné de nonchalamment
    descendre ce piédestal large et désert, point de mire de toute cette
    grouillance humaine et expectatrice, seul, libre, l'aventure au coin
    des lèvres. Mais la-dite grouillance ne vous est pas épargnée longtemps,
    elle vous attend en bout de toboggan, elle ne s'écarte même pas lorsque
    vous la rejoignez, finis les rêves hollywoodiens, ce n'est pas vous
    qu'ils attendent, ils ne vous ont pas vu !


    C'est qu'il faut réagir,
    déjà, voici Hong Kong ! Percez la foule droit devant vous, sortez
    de l'aéroport, faites la queue et prenez un de ces taxis rouges. La
    queue fait sans doute trois kilomètres mais il y a plein de taxis,
    ça va très vite. Vous remarquerez qu'ici la longueur des queues n'est
    pas proportionnée au temps d'attente que nous aurions avec une queue
    pareille dans nos contrées. Davantage de guichets, de taxis, d'autobus
    sans doute... Les taxis sont peu onéreux et les chauffeurs mettent
    leur compteur comme si c'était une chose naturelle. Leur anglais est
    souvent très approximatif, inutile d'engager la conversation. Changez
    juste un peu d'argent à l'aéroport où les taux sont plus élèvés
    que dans les "money changers" de la ville, 500 ou mille dollars
    devraient largement suffire dans un premier temps. Si vous allez dans
    un hôtel à Tsim Sha Tsui, il suffira de sortir dans la rue pour trouver
    une banque ou un bureau de change.


    Au fait qu'est-ce que Hong
    Kong? Un Eden de l'anonymat? Un paradis des bains de foule? Le Nirvana
    de la consommation?


    C'est la terre promise
    des loups aux dents longues, c'est l'eldorado des temps modernes, on
    n'y trouve pas d'or, on le fait ! C'est un endroit coincé dans une
    bulle intemporelle, plutôt futuriste où tout est flou pour mieux permettre
    de se concentrer sur le pognon. La politique, les lois, les idéaux,
    les haines, les races, les religions, tout, absolument tout cède devant
    l'intérêt financier. Même l'éducation cesse d'être une source de
    culture. On ne fait pas l'effort de comprendre, on apprend tout par
    coeur, on empile le savoir dans les coffres du cerveau pour tout ressortir
    tel quel le jour de l'examen et puis on oublie tout en bloc puisque
    ça ne sert plus à rien. Même chose en art, on copie le maître qui
    a réussi. On ne cherche pas à s'exprimer; on ne développe pas sa
    personnalité mais l'art de manière générale, on s'apesantit sur
    les sentiments et les idéaux communs, sur l'histoire partagée, mais
    on ne se raconte pas soi. C'est désespérant à la longue mais cela
    permet à Hong Kong de fonctionner. Car si les Hongkongais se mettaient
    à développer leur propre personnalité, à l'affirmer, à la défendre,
    si leur fierté d'être chinois devenait égocentrique et individualiste,
    Hong Kong, ou en tout cas son système actuel, n'y survivrait pas. Il
    y a beaucoup trop de stress, pas assez de respect pour l'être anonyme
    ou solitaire, pas assez de courtoisie ni de solidarité pour que ça
    soit supportable. Les expatriés peuvent continuer à vivre avec leur
    égo habituel. Cela n'a pas d'importance puisqu'ils ne font pas partie
    du peuple hongkongais; ils sont peu nombreux et sont toujours considérés
    comme une sorte d'élite riche. L'une des plus grandes surprises d'un
    Hongkongais séjournant pour la première fois en Europe est de voir
    des blancs travailler sur les chantiers et dans les usines. Pour eux,
    tous les blancs sont chefs d'entreprise, cadres, professeurs ou prêtres.


    Que cela ne vous choque
    pas trop mais c'est la vérité. L'époque coloniale est loin d'être
    terminée dans l'esprit des Hongkongais, simplement parce qu'ils SONT
    TOUJOURS colonisés et le resteront encore pendant 10 mois.


    Nous vivons sous une tutelle
    britannique qui conserve le code légal victorien, le code des colonies.
    La loi à Londres et celle qui régît HK ne sont pas identiques. La
    nôtre est plutôt vieillote. Un exemple? L'homosexualité masculine
    n'a été dépénalisée qu'en 1989 mais pas l'homosexualité féminine
    car cette bonne Reine Victoria n'ayant jamais voulu admettre que pareille
    "horreur" puisse exister, les femmes n'étaient pas concernées
    par la loi.


    Pour les Hongkongais moyens,
    ceux qui ne sont jamais sortis de la ville, les blancs vivent tous dans
    l'opulence. Nous avons droit à une sorte de respect automatique. Respect
    pour l'argent-roi ou reste de crainte ? En tout cas, les contrôles
    de police ne nous concernent pas. C'est au point que, nous tenant la
    main et traversant la rue un jour au mauvais moment, ma femme s'est
    faite arrêtée mais pas moi. J'ai dû insister ! (J'avais quelques
    questions à poser au juge au sujet de l'impartialité des lois de HK
    mais il m'a vite rassuré en m'expliquant que les forces de l'ordre,
    dans la rue, ne parlant pas très bien l'anglais, n'arrêtaient que
    rarement les étrangers. Ouf ! Pour un peu j'aurai pensé qu'il y avait
    de la ségrégation dans l'air... Depuis ce jour-là, j'attaque des
    banques.)


    Mais quel peuple accepterait
    aujourd'hui un statut de colonie? Un coup d'oeil sur l'histoire de Hong
    Kong vous apprendra que les Britanniques ont colonisé un rocher aride
    et quasiment désert. Tout ce qu'il leur fallait, c'était un port d'où
    ils puissent organiser la distribution de l'opium en Chine. Hong Kong
    n'a pas connu d'essor de population bien notable jusqu'à la montée
    du communisme en Chine Populaire. C'est l'époque où les réfugiés
    arrivaient à la nage, c'est l'époque des requins... La vaste majorité
    des Chinois de Hong Kong est venue se protéger ici, personne ne les
    a colonisés.


    Aussi, mettez-vous à leur
    place lorsqu'en 1984 Mme Thatcher a signé la "Joint Declaration"
    et le retour du territoire à la Chine Populaire le 1er juillet 1997...
    Et encore, la Chine évoluait plutôt favorablement à cette époque-la.
    Imaginez le choc que leur a causé le massacre de Tien An Men en 1989
    !


    Les vieux racontent des
    histoires de Shanghai, les jeunes voient Tien An Men à la télévision.
    Il faut se souvenir de cette toile de fond pour comprendre la mentalité
    hongkongaise, ses familles-tribus, l'amour de l'argent, de la nourriture,
    du jeu. En exil depuis trois générations, arrivés ruinés, ces gens
    se sont lentement refaits en vivant dans des conditions difficiles,
    en travaillant dur et longtemps. Finalement, ils parviennent à un confort
    relatif, à s'éduquer et voilà qu'il faut repartir ! Et les pas-trop-pauvres
    repartent comme ils sont arrivés, par familles. Ils se procurent la
    nationalité canadienne pour la plupart, australienne aussi, américaine
    pour les plus riches. Ils partent trois ans, cinq ans et le plus souvent
    reviennent dés qu'ils ont obtenu leurs passeports parce que ce qu'ils
    ont vu ailleurs ne leur a pas plu, mais ils reviennent avec une autre
    mentalité aussi: ils ont perdu un peu de cette sagesse d'écolier des
    gens d'ici.


    On serait tenté de les
    plaindre de tout coeur mais attendez quand même de lire les rapports
    sur les conditions de vie dans les camps de "boat people"
    réfugiés vietnamiens de Hong Kong et sachez que 95% des Hongkongais
    étaient et restent favorables à leur rapatriation de force ce qui
    est d'ailleurs en train de se produire.


    On pourrait aussi penser
    qu'après trois générations, les Hongkongais ont d'autres alternatives
    que de s'enfuir un peu plus loin car, soumis à la culture occidentale
    depuis si longtemps, ils devraient s'être fait une idée des mouvements
    de l'histoire et des démocraties. Ils ont assisté à l'effritement
    du bloc communiste, et ils ont espéré la même chose en Chine. Ils
    ont soutenu les étudiants de Tien An Men en envoyant beaucoup d'argent
    et en organisant de petites assemblées générales dans les facs. C'était
    la moindre des choses puisqu'à Pékin les jeunes grévistes de la faim
    étaient aussi, en cas de succès, en train de résoudre le problème
    du territoire.


    J'ai aujourd'hui avec moi
    Nish Man. Nish Man réside ici depuis plus de treize ans; il était
    là lors du massacre de Tien An Men.


    - Nish Man, les événements,
    pourtant déjà anciens, de Tien An Men vous ont marqué, pourriez-vous
    expliquer pourquoi aux lecteurs de FT ?


    - C'est la première fois
    que je voyais les Hongkongais descendre dans la rue pour autre chose
    que pour faire des courses ou aller travailler ! Une manif ? A Hong
    Kong ? On croit rêver !


    - Vous résidez dans les
    Nouveaux Territoires à vingt minutes de la frontière chinoise ? Comment
    avez-vous été informé des événements ?


    - C'était un dimanche
    matin, le massacre s'était produit pendant la nuit. Tout semblait paisible
    à Pékin. Un ami qui venait juste d'en arriver racontait que l'ambiance
    était à la fête plutôt qu'aux revendications. Je me suis levé tard
    et je suis descendu boire un café chez un voisin. Il allumait sa télé
    quand je suis arrivé. On est tous tombés en arrêt ! Puis ils nous
    ont montré Hong Kong et on a vu ces files de gens, la plupart habillés
    en noir, qui descendaient des quartiers résidentiels d'Happy Valley,
    de North Point, de Chai Wan, des zones riches, des quartiers pauvres,
    de partout ! Le Star Ferry était bondé d'une foule sombre et tous
    se dirigeaient vers Central. Ça aussi ça nous a saisi. C'est la première
    fois que je voyais les Hongkongais faire preuve de solidarité spontanément
    comme ça et puis tout ce noir ! On se serait cru en pleine révolution
    anarchiste tellement c'était sombre, émouvant et beau à voir !


    - Le Grand Soir à Hong
    Kong ? Vous avez de l'imagination ! Vous avez alors rejoint les manifestants
    je crois ?


    - Oui, on a pris la MR2
    du copain pour aller manifester aussi. Les gens pleuraient ! Ça m'a
    un peu surpris d'abord parce que moi, c'était plutôt de la colère
    que je ressentais. Des chants, de l'émotion avec de vraies larmes mais
    pas ou peu de hurlements de rage, pas de bris de verre, pas de façades
    de magasins démolies, pas d'affrontements avec les forces de l'ordre.
    La foule, lentement, remontait vers North Point puis redescendait vers
    Central, comme prise au piège par les remparts des gratte-ciels. Tu
    avais là au moins 3 millions de personnes sinon plus, les flics réglaient
    la circulation des manifestants, pas un regard de travers, de l'ordre,
    de la dignité. Bravo ! Y'en a même un qui m'a demandé ce que je faisais
    là ! Je lui ai demandé pourquoi il me posait cette question et il
    a répondu un truc comme quoi c'était pas mes "gens" qui
    s'étaient fait descendre à Tien An Men. J'ai courtoisement répondu
    que des petits jeunes qui se font tabasser parce qu'ils demandent plus
    de récréation, y'a pas qu'en Chine que ça arrive. L'était tout surpris
    mais plutôt content...


    - Pourquoi semblez-vous
    déçu par ces événements ? Pensez-vous que les Hongkongais avaient
    d'autres choix que pleurer ?


    - Les Hongkongais se sont-ils
    rendus compte de la situation ? C'est la question que je me pose. Depuis
    1984 c'était la panique à l'idée de l'approche de 1997; ça faisait
    deux ou trois ans que la course aux visas avait commencé et l'opportunisme
    est tout de même un sport national ! Les Anglais eux-mêmes venaient
    de condamner Tien An Men, la plupart des pays occidentaux coupaient
    les ponts, tous les médias avaient leur matos pointé sur la Chine.
    Tu veux me dire ce qui se serait passé si tout à coup, au milieu du
    silence et des sanglots du monde entier, une voix apeurée s'était
    élevée de Hong Kong disant: "Hey, on pourrait pas être indépendants
    nous autres avant 97, parce que bon, z'ont pas l'air trop sympas les
    prochains proprios...?!".


    - Vous voulez dire faire
    une demande à l'échelle internationale, devant les médias, pour que
    Hong Kong devienne un territoire indépendant, gèré par un gouvernement
    de Hongkongais ?


    - Ils auraient obtenu le
    support absolu de la planète entière à ce moment-là, le gouvernement
    anglais aurait été obligé de s'incliner et je ne crois pas que Pékin
    aurait commis une deuxième gaffe en si peu de temps. Mais pour cela
    il ne faut pas pleurer le dimanche et vite retourner au boulot le lundi
    matin. Et c'est ce qu'ils ont fait ! C'est pour ça que je me suis senti
    frustré, ils ont eu un court sursaut de solidarité mais ils n'y ont
    pas cru, ils ne se sont pas rendu compte que leur sort était entre
    leurs mains pour une fois, ce jour-là, que pour un bref moment ils
    avaient le pouvoir de changer leur destin, eux qui justement cherchent
    la paix et la sécurité depuis trois générations. Cet endroit est
    juste bon à faire du fric. C'est ce qu'ils font tous, c'est la seule
    et unique chose à laquelle ils pensent, le seul truc qu'ils respectent
    et admirent, la seule valeur, le seul idéal qui vaille la peine de
    se battre. Il y a des moments où ça en devient désolant.


    - Oui mais, en contrepartie,
    il n'y a pas de pauvreté comme dans certains autres pays asiatiques,
    pas de chômage, pas de racisme, peu de violence.


    - Il n'y a pas non plus
    de sécurité sociale, ni de système de retraite, ni assez de personnel
    ou de médecins dans les hôpitaux publics, les classes des écoles
    publiques comptent parfois jusqu'à 65 élèves, bref le patronat se
    trouve dégagé de toute obligation sociale. Drôle de démocratie !
    Hong Kong vit dans sa toute petite réalité à l'écart du monde. Quand
    on reste, cette réalité se met à exister. Mais c'est petit, à tous
    les niveaux.


    - Pourquoi restez-vous
    ?


    - Je devrais m'en aller.
    Je ne suis pas fait pour la course du rat. Mais j'ai mes manies informatiques
    à satisfaire. Je reste ici pour le rapport privilégié vis à vis
    du travail aussi. Puisqu'il n'y a pas de chômage, tu n'es pas prisonnier
    de la boite qui t'emploie et tu n'as pas à te laisser marcher sur les
    pieds par le sous-chef juste parce qu'il pourrait te vider. Et puis
    j'aime faire des trucs différents aussi. J'ai été acteur, doubleur,
    script writer, interviewer, radio dj, journaliste, interprète, traducteur,
    contrebandier et consultant en informatique en plus de mon boulot de
    prof. En France, je peux toujours espérer ! Mais surtout c'est l'accès
    facile à la technologie, les satellites, Internet, les communications
    quasi gratuites, les ordinateurs qui me retiennent ici.


    - Vous êtes satisfait
    de votre vie à Hong Kong alors ? La France ne vous manque pas ?


    - Si bien sur. Tout ce
    qui fait le charme de nos contrées me manque. Ici, les rapports humains
    sont décevants, même entre "gweilos". La plupart sont trop
    riches pour être cool et ceux qui pourraient l'être ont autre chose
    à faire et deviennent peu à peu des parvenus. Ce n'est pas par hasard
    si je passe mon temps derrière mes ordinateurs. J'ai un ami, il habite
    à trois heures de chez moi. Point. Mes rapports sociaux sont virtuels.


    - Je vous remercie Nish
    Man, pour tous ces vivants commentaires...


    - J'peux dire un mot à
    Lulu à propos du BBS ?


    - Non !


    L'ARGENT.


    Passée la surprise des
    tours modernes, de la foule et des caractères chinois, l'importance
    donnée au dollar et aux biens matériels est, à Hong Kong, ce qu'il
    y a de plus marquant. Hong Kong est composé en majorité d'un peuple
    de descendants réfugiés de Chine Populaire. Les jeunes de 20 ans représentent
    seulement la troisième génération, il est encore trop tôt pour qu'ils
    se sentent chez eux en sécurité. Ils s'inquiètent du retour de la
    colonie sous l'hégémonie chinoise en 1997 et se trouvent une fois
    de plus obligés de renforcer leur sécurité financière personnelle.
    Tout cela est mêlé d'un patriotisme mal vécu puisque fiers d'être
    Chinois, le système politique de la mère patrie les force à vivre
    ailleurs. Ce patriotisme est donc devenu plutôt une sorte de fidélité,
    d'amour et de respect pour les traditions et pour les caractéristiques
    liées à la "race chinoise" (terme emprunté au vocabulaire
    chinois).


    Le système des valeurs
    est basé sur la face, le qu'en dira-t-on, le m'as-tu vu des parvenus.
    L'argent est le moyen d'être, de se montrer et de se sentir important
    plus que partout ailleurs. Tout ici s'y lie; les hommes se marient vers
    la trentaine parce qu'ils doivent casquer pour le banquet de mariage
    (nécessaire à entretenir la face des deux familles) et cela prend
    des années d'économies pour y parvenir; le premier bébé doit être
    mâle car le mâle hérite des biens familiaux et garde la fortune dans
    la famille. La famille doit être très soudée pour faire face aux
    loyers élevés et au manque de protections sociales, l'individu a besoin
    de son groupe pour boucler les fins de mois. Ce système fonctionne
    très bien. Il étouffe passablement les personnalités mais s'avère
    très avantageux dans une société capitaliste...


    Hong Kong est une ville
    pleine d'énergie et de possibilités; pas de crise de l'emploi ici,
    beaucoup de gens en occupent deux, 10 jours de vacances par an, on ne
    reste pas longtemps dans la même entreprise, vos employés n'ont pas
    peur du chômage et démissionnent dés qu'on leur propose 600 dollars
    (400 FF) de plus ailleurs ou s'ils trouvent un job plus près de chez
    eux. D'autre part on peut trouver une tache intéressante sans être
    très diplômé ni même avoir beaucoup d'experience. La volonté de
    réussir apparaît comme le facteur le plus important. Pourtant la main
    d'oeuvre est assez "molle", elle montre assez peu d'esprit
    d'initiative; on la comprend mais le par-coeur reste la méthode d'apprentissage
    préférée et le travail répétitif la tache la plus choisie.


    Une anecdote:


    Un fabriquant italien veut
    faire produire son stock de chemises prêt-à-porter à Hong Kong. Il
    vient ici, fait son deal, laisse quelques échantillons de chemises
    et repart attendre son cargo. Les containers arrivent dans les temps,
    le stock est au complet et chaque chemise a un petit carré de tissu
    découpé sur la poche...juste comme sur les échantillons...


    Essayez de ne pas vous
    offusquer de certains désagréments inhérents à la vie hongkongaise.
    Le client n'est pas roi, c'est le moins qu'on puisse dire; oui, les
    gens rotent et crachent en public, oui, ils ferment la porte des ascenseurs
    en vous regardant courir pour l'attraper, il faut faire la queue pour
    tout en se gardant de ceux qui la sautent, bref d'une manière générale
    il faut s'attendre à une certaine froideur dans les relations.


    Selon l'échelle des valeurs
    du Hongkongais moyen, les "gweilos" valent un peu plus cher
    que les Indiens ou les Philippins mais nous restons un mal nécessaire
    dont il se passerait volontiers. Toujours d'après le Hongkongais moyen,
    nous puons, au sens propre cette fois, ce qui fait qu'il ne s'asseoit
    à côté de vous dans le bus qu'en toute dernière extrémité et qu'il
    ira s'asseoir ailleurs dés qu'un autre siège se libérera. C'est très
    flatteur ! Malgré tout nous ne puons pas autant selon lui que les Noirs
    qu'il méprise ouvertement. Enfin ne vous attendez pas à ce qu'il sache
    différencier un Anglais, d'un Français ou d'un Américain. Les blancs
    sont tous des "gwoilos" (terme cantonnais signifiant "Démon
    Etranger").


    Vous serez rarement reçu
    chez lui: que penseriez-vous si, invités par un collègue chinois arborant
    Rolex, gourmette, collier d'or, fines lunettes d'écailles, chemise
    immaculée, cravate en soie bref, le chic personnifié, vous arriviez
    chez lui, dans un trois pièces minuscules en pleine pagaille où vivent
    7 personnes ? Question de face encore une fois. On ne s'invite pas à
    la maison mais au restaurant ou au pub.


    Mais si vous l'invitez
    chez vous, il viendra, peut-être même avec un ami ou deux, par curiosité,
    pour voir comment les "gweilos" vivent. Ne soyez pas choqué
    si en ramenant les verres à apéritif (il préfère le cognac de loin,
    qu'il boit souvent dans des verres "Nutella" d'ailleurs ou
    la bière) vous en trouvez un dans votre chambre à coucher et un autre
    en train de fouiller dans vos albums de photos de famille, l'indiscrétion
    n'entre guère dans la liste de ses complexes et puisque vous l'avez
    invité...


    Vous saurez vite de quoi
    parler en sirotant l'apéro. Ce sont toujours les mêmes questions qui
    reviennent. N'essayez pas de lui demander son opinion sur des problèmes
    politiques, philosophiques, existentiels ou religieux, n'abordez pas
    de sujets culturels en sa compagnie en espérant un dialogue. Vous vous
    retrouveriez en train de monologuer en face d'un interlocuteur muet
    dont l'attention cessera en 3 minutes.


    L'esprit d'un Hongkongais
    est étonnamment carré. Pas d'individualisme, pas d'originalité mais
    des jalons matériels pour s'identifier au sein de la société: un
    col bleu ou blanc, une adresse ronflante, une Mercedes, une copine sexy,
    un téléphone portable ou une plaque d'immatriculation aux chiffres
    porte-bonheur. Les loisirs ? Films comiques, karaoke, restaurants, bandes
    dessinées (KungFu), télé. Dormir aussi, il est incroyable de voir
    à quelle vitesse un Hongkongais s'endort dans les transports publics.
    Un record ! Et tout le reste est à l'avenant, l'humour, les modes,
    les goûts; c'est comme s'il fallait être certain d'être approuvé
    avant d'oser faire ou dire quelque chose, par peur de perdre la face,
    d'être mal jugé et d'être une source de honte pour la famille.


    LA RUE.


    Beaucoup de choses risquent
    de surprendre et d'agacer dés l'arrivée. Les coutumes sociales changent
    un peu. Il ne faut pas s'offusquer si personne ne vous tient la porte.
    Il y a trop de monde pour ce genre de politesses. Ici, avec cette foule
    style fête de l'huma, c'est la marche-cross, l'avance sauvage, le faufilement
    rusé, la cadence habile qui fait avancer les Hongkongais ! Renoncer
    à la courtoisie n'est pas toujours simple mais avec un peu de souplesse
    d'esprit on finit fort bien par se comporter comme un goujat...


    Petit détail pour le bien-être
    d'une femme se promenant à Hong Kong: Le port du soutien-gorge est
    obligatoire et le col haut conseillé, le moindre décolleté attirant
    le regard des masses masculines de manière constante, pesante, fatigante
    sinon irritante.


    Toutes les grandes villes
    se ressemblent un peu mais Hong Kong en est une grandiose. C'est une
    merveille de réalisation humaine et de froideur.


    Hong Kong est un melting
    pot. Toutes les races et toutes les religions cohabitent paisiblement.
    Ne rêvons pas, le racisme existe mais les gens sont simplement trop
    occupés par leurs affaires pour que cela dégénère. Il n'y a pas
    de violences raciales, très peu d'abus verbal. Les communautés vivent
    entre elles mais se mélangent à nouveau le matin pour aller travailler.
    La violence est absente de la rue ou du métro.


    Elle existe sporadiquement
    dans les "casinos", les boites de nuit, les "écoles
    de Mahjong" mais il faut la chercher. On ne se fait pas agresser
    ici, sinon par les vendeurs des quartiers touristiques (aggressivité
    toute commerciale bien sûr). La violence n'est même pas présente
    dans le "look" ou les oripeaux des jeunes: Jean/T-shirt pour
    l'étudiant et l'ouvrier, costume/cravate pour l'employé. La télévision
    par contre peut éventuellement donner la chair de poule avec la cruauté
    froide et gratuite de certaines productions locales. Enfin le chopper
    de cuisine est parfois plus qu'un symbole de la tension au sein des
    familles... On peut aussi, comble de malchance, se trouver au mauvais
    endroit, au mauvais moment, alors qu'une bande de terreurs sorties à
    la fois du "mainland" et des westerns spaghettis chinois entreprend
    de dévaliser une bijouterie, en plein jour, en pleine ville et en pleine
    foule, en brandissant leurs armes...dont ils se servent au moindre képi
    ! Mais il faut presque le faire exprès...


    Les inégalités sociales
    valent le déplacement ici aussi. Mais c'est moins flagrant que dans
    d'autres pays asiatiques. Il est tout de même bizarre d'apercevoir
    des bidonvilles accrochés aux flancs de certaines collines quand on
    se trouve dans une de ces tours de verre de Central... Il y a des sans-abris
    mais très peu. Les clochards sont "fous", c'est en tout cas
    ce qu'on vous dira. Ils sont extrêmement sales et sont les seuls à
    porter les cheveux longs. Ils semblent en effet assez dérangés. Beaucoup
    de vieux préfèrent rester dans les parcs très tard dans la nuit plutôt
    que d'affronter l'enfer familial de leur cage à lapin.


    Attention ! La fièvre
    de Hong Kong n'est pas une légende. Je n'ai jamais visité d'endroits
    avec une si forte concentration de jolies filles au mètre carré !
    Et quand je dis jolies j'exagère, elles sont superbes. Vous vous souvenez
    de la femme de Roger Rabbit ? Vous pensiez: "C'est une caricature
    du pouvoir d’envoûtement féminin." ? Venez donc voir ici !
    C'est effrayant le nombre de couples qui s'y sont défaits (et refaits
    différemment). Un vrai carnage !


    Au début vous aurez l'impression
    que la prostitution n'existe pas ou peu. Il y a bien les boites de nuit
    de Wanchai mais c'est le style attrape-marins de toutes les villes portuaires.


    Il faut du temps pour s'en
    rendre compte et c'est assez inattendu. Dans certaines rues comme Temple
    Street à Kowloon, on remarque bien quelques vieilles femmes assises
    sous les porches. Elles semblent somnoler. Mais fixez-les un peu plus,
    le temps qu'elles vous remarquent et prennent votre regard pour de l'intérêt
    et les voila qui s'animent, sortent de leur torpeur d'ancêtres et se
    transforment en un clin d'oeil en mères maquerelles, marchandant, attirant,
    promettant monts et merveilles.


    Il y a aussi les "filles
    boulettes de poisson". Elles sont très jeunes, élèves du secondaire
    se faisant de l'argent de poche en allant, après la classe, dans des
    bars-karaoke quasiment obscurs pour se faire pétrir le corps (comme
    des boulettes de poisson) par la clientèle mâle du coin. Tout ça
    ne se voit pas mais si vous traversez ces quartiers en compagnie d'un
    Chinois, faites-vous traduire les caractères chinois des pancartes
    mauves et jaunes. Cette jolie calligraphie signifie quelquefois "Frais
    arrivage de jeunes Americaines", "Française aux gros seins",
    "Tailleuses de pipes professionnelles". On tombe de haut vu
    que jusque là, ces caractères ne semblaient guère différents de
    ceux de la pub Marlboro.


    Hong Kong est une plaque
    tournante du trafic d'héroine. Mais là encore, tout se passe de manière
    si discrète. On ne vous accroche pas dans la rue pour vous vendre de
    la drogue. Par contre évitez de marcher pieds-nus sur les plages la
    nuit, vous risqueriez de buter sur une seringue.


    D'ailleurs les plages ne
    valent plus guère la peine d'être fréquentées. Elles sont extrêmement
    polluées pour la plupart, l'eau est immonde, pleine de détritus et
    de sacs en plastique et des requins mangeurs d'hommes y reviennent à
    chaque fin de printemps. Ça reste beau à regarder de loin mais ce
    n'est plus la peine de s'approcher. Quant aux plages qui restent à
    peu près potables, sans être buvables, elles sont archi-combles.


    2 POINTS NOIRS: LOYERS
    ET CIRCULATION


    Plus on se trouve près
    des centres plus les loyers sont élevés (Hong Kong a deux centres
    principaux, celui des affaires à Hong Kong même (Central) et celui
    du commerce à Kowloon (Tsim Tsat Shui) auxquels viennent s'ajouter
    d'autres centres plus petits comme North Point, Causeway Bay, Mongkok
    etc..)


    Dans les quartiers chics,
    les loyers sont simplement indécents. Les quartiers bourgeois moyens
    se louent entre 40/70000 dollars par mois. On ne trouve rien en ville
    à moins de 9/12000 dollars pour une cage à lapin.


    La meilleure solution,
    et la plus répandue chez les résidents occidentaux, est de se faire
    loger par son employeur qui payera le loyer. Pour cela il faut avoir
    le statut d'expatrié, donc être envoyé par son entreprise.


    On peut aussi habiter sur
    les îles ou loin dans les Nouveaux Territoires et trouver un 700 sq/feet
    entre 4000 et 8000 dollars par mois. Cela signifie aussi 3 heures de
    transport par jour mais moins de pollution, moins de "speed",
    plus d'Asie.


    A priori, il serait plus
    agréable d'avoir une grande maison dans les Nouveaux Territoires et
    une voiture pour se déplacer. Mais le territoire, trop petit, bouchonne
    terriblement. On met autant de temps qu'en métro mais on paye énormément
    plus, avec des vignettes de 6000 dollars pour une cinq chevaux, des
    tunnels et des parkings tout aussi ruineux qu'obligatoires. Il ne reste
    plus qu'une solution: la moto (bien que le casque, conjugué à la pollution
    de l'air par 32 degrés et 90% d'humidité tienne davantage du bocal
    asphyxiant que du bol d'or !).


    Ou alors, les transports
    publics. On s'en doute, dans un espace si restreint où vivent tant
    de gens, les transports sont une des conditions de la survie de la ville.
    Le métro (MTR), aidé des transports ferroviaire suburbains (KCR),
    fonctionne de 6 heures à 1 heure du matin et dessert l'ile de Hong
    Kong, la péninsule de Kowloon et les Nouveaux Territoires. Une armée
    de bus à impériale et de mini-bus parcourent les mêmes trajets et
    fonctionnent plus tard dans la nuit. Des bataillons de taxis sûrs,
    confortables et très abordables se chargent du reste. Touche un peu
    désuette au milieu de la froideur des tours-miroirs, des tramways à
    deux étages remontent une bonne partie de la ville, cible évidente
    des touristes exténués par cette nouvelle façon d'être piétons.
    D'impressionnantes flottes de Ferry Boats relient les habitants des
    îles et leurs lieux de travail ainsi que différents ports d'accostement
    entre Hong Kong et Kowloon. Au centre de toute cette activité, à intervalles
    fréquents et réguliers, les boeings de l'aéroport de Kai Tak décolleront
    et se poseront au milieu des gratte-ciels jusqu'à l'ouverture du nouvel
    aéroport en construction sur l'ile de Lantau. On est loin de l'époque
    des pousse-pousses mais il y en a encore, juste pour les touristes,
    à l'entrée du fameux Star Ferry qui fait la navette en sept minutes
    entre l'ile Victoria et la péninsule de Kowloon.


    LES LOISIRS.


    Est-ce l'absence de terrasses
    aux cafés, le désintérêt des gens pour l'art ou pour la réflexion
    ? Il manque quelque chose. Les films sont commerciaux, la musique est
    plagiaire; il faut qu'il se vende bien pour qu'un produit se trouve
    ici. Cette impression de pauvreté culturelle est bizarre car les Chinois
    ont plein de fêtes et de traditions mais il y manque l'ambiance; il
    se dégage des grandes réunions publiques (Mid-Autumn festival, Dragon
    Boat races etc...) une atmosphère de messe. Les gens sont la parce
    que c'est normal mais ils ne semblent pas y prendre un plaisir immense.


    Le loisir principal et
    préféré de la majorité, c'est la nourriture, le barbecue constituant
    l'élément indispensable sinon le but inavoué de toute sortie à la
    campagne. Toutes les cuisines sont largement représentées ici et c'est
    un paradis pour le gourmet curieux.


    Mieux vaut, d'emblée,
    ne pas s'étonner des habitudes locales de la table. On est là pour
    manger, pas pour discuter. Si on discute c'est qu'on n'aime pas ce qui
    est servi et c'est insultant pour celui qui invite. Mange ! De même,
    lorsqu'on vous présente une tasse de thé, prenez-la à deux mains,
    c'est plus poli. (Ca marche aussi pour les cartes de visite, Messieurs
    les Hommes d'Affaires...)


    Non, on ne reste pas non
    plus à table pour discuter après. On s'en va. Ça vaut mieux vu l'état
    de la nappe. La majorité des Hongkongais que j'ai vu faire mangeaient
    salement, la bouche ouverte, en aspirant, en rotant sans le moindre
    complexe et en crachant les détritus sur la table.


    Dans les restaurants, lorsqu'une
    conversation démarre, elle est si animée qu'on pense tout de suite
    à un début de bagarre. Il n'en est rien.


    Le soir, le quartier de
    Lan Kwai Fong à Central s'anime et devient le point de rendez-vous
    des jeunes blancs et Hongkongais "branchés" qui fréquentent
    les restaurants américains ou français, les boites, les pubs et les
    bars à vin qui bordent les ruelles en pente. Un quartier à éviter
    peut-être lors des grands rassemblements du Jour de l'An par exemple;
    il y a quelques années, la foule y est en effet "tombée"
    faisant plusieurs morts.


    Après la table, les Hongkongais
    adorent le jeu. Les plus riches ou les plus fervents vont à Macao dans
    les casinos. Sinon, ils restent à Hong Kong dans les "écoles
    de mahjong". Le mah-jong est un jeu plein de règles où l'on frappe
    les pions aussi fort que possible sur une table en bois ou en plastique.
    C'est assez désagréable les dimanches matins... Enfin, l'amour du
    pari est si fort que le Jockey Club est l'entreprise la plus richissime
    du territoire...


    Que faire le soir après
    le travail ? Eh bien mais c'est l'Angleterre ici ! Avec sa belle tradition
    de pubs et d'"Happy Hours". Dés cinq heures les bars se remplissent
    et ne se vident pas avant neuf heures. Ensuite, il y a le cinéma ou
    les boites de nuits.


    Si l'on est exténué par
    une chaude journée de rush financier, le meilleur moyen de se retaper
    radicalement est d'entrer dans un sauna japonais. Ça vous répare un
    homme ca ! Ou ça le tue, c'est selon. Imaginez des sortes de thermes
    pour hommes avec deux bassins. Un plein d'eau à moitié gelée et l'autre
    plein d'eau à moitié bouillante. Au choix... Histoire de ne pas salir
    l'eau vous êtes prié de prendre une douche avant de vous immerger
    dans ces supplices liquides. On fait l'aller-retour d'un bassin à l'autre
    le temps qu'on veut ou que le coeur lâche, puis on se sèche. On va
    se reposer dans un salon, le temps d'une cigarette ou d'une tranche
    de melon, puis une masseuse vous emmène dans une cabine où elle vous
    monte sur le dos et vous malaxe de ses orteils habiles pendant une demie-heure.
    Le tout dure une heure et l'on en ressort frais comme un saumon sautant
    son torrent un jour de dégel.


    Plaque tournante du commerce
    en tout genre, Hong Kong flashe dés l'arrivée par le nombre et l'éclat
    neuf de tous les goodies qu'on peut s'y procurer. On trouve surtout
    les dernières merveilles de la technologie japonaise, taiwanaise et
    coréenne; elles arrivent d'abord ici. Ce n'est pas tellement moins
    cher qu'en France mais le choix est large.


    Hong Kong est aussi le
    paradis des ordinato-maniaques car:


    1. Tous les composants
    sont disponibles à des prix intéressants.


    2. Les logiciels et CD-Roms
    sont piratés et vendus dans une espèce de marché aux puces de l'info.
    (oui, c'est très laid...)


    3. Avec des communications
    locales presque gratuites, l'accès à Internet est à la portée de
    tous. On s'abonne à un "gateway" commercial ou 150 dollars
    Hong Kong (100 francs) par mois vous procure 30 heures d'accès complet
    (www, e-mail, news, ftp, wais, telnet) auquels on ajoute 6 dollars par
    heure supplémentaire.


    4. Pour les mêmes raisons,
    il y a environ 800 BBS de style FIDOnet sur le territoire, la plupart
    munis de CD-Rom et leur accès est en général gratuit.


    Il y a un centre culturel,
    un musée de l'espace et des festivals de cinéma, de musique, de théâtre
    et d'opéra sont régulièrement, automatiquement organisés. Il faut
    réserver longtemps à l'avance, faire la queue... Peter Gabriel, Jean
    Michel Jarre, David Bowie, Eric Clapton, UB40, Archaos se sont tous
    produits ici mais l'ambiance ne s'y prête jamais vraiment. Les Hongkongais
    n'aiment pas particulièrement s'extérioriser en public.


    Non, on ne s'amuse pas
    beaucoup à Hong Kong. Mais c'est un des carrefours de l'Asie et Bangkok,
    comme Manille, sont à deux heures d'avion. Il est nécessaire d'aller
    souffler ailleurs de temps en temps. Hong Kong est une ville stressée
    et stressante.


    LE FOYER


    La plupart des foyers ont
    une ou plusieurs employées de maison, des "amah" (maids)
    qui viennent en général des Philippines mais aussi de Ceylan ou plus
    rarement de Thaïlande. Leur salaire est fixé par la loi à 3750 dollars
    Hong Kong (2500 FF) par mois; elles sont logées chez l'employeur qui
    leur achète aussi un billet aller/retour pour Manille chaque année.


    Les familles chinoises
    abusent souvent d'elles en les faisant travailler à la fois au foyer
    et dans leur commerce, ou bien les partageant avec leurs frères et
    soeurs. Elles sont libres le dimanche et se regroupent à Central pour
    discuter, déjeuner sur les trottoirs et danser. Les Hongkongais réclament
    depuis des années qu'on le leur interdise... ça dépare Central disent-ils...
    Certaines de ces domestiques sont diplômées aux Philippine, mais les
    salaires là-bas sont si ridicules qu'elles gagnent beaucoup plus en
    venant s'occuper des couches des bambins hongkongais. Elles sont en
    général ferventes catholiques et parlent un anglais médiocre mais
    suffisant. Elles envoient une énorme partie de leur salaire aux Philippine
    ou leur famille les attend. On peut les employer en consultant les panneaux
    d'affichage des supermarchés si l'on est pressé, ou en s'addressant
    aux agences spécialisées où l'on choisit sa domestique en consultant
    des cassettes vidéos ou des écrans d'ordinateurs, sorte de marchés
    aux esclaves modernes.


    Comme les Chinois vivent
    en famille, les couples ont parfois besoin de s'isoler un peu mieux
    que par un linge tendu sur un fil. Ils vont alors dans des "love-hotels"
    prévus pour les copulations légitimes et illégitimes. Pour ces dernières,
    l'hôtel place même un cache sur la plaque d'immatriculation de votre
    auto, c'est dire si l'on est aux petits soins. Au sein de la famille,
    les femmes souffrent toujours de discriminations, la belle-famille leur
    rendant la vie dure de façon quasi-traditionnelle. Le plus triste est
    qu'elles éduquent leurs propres filles de la même façon.


    LE TRAVAIL.


    Hong Kong est organisé
    de telle sorte qu'il faut y faire quelque chose. Pas grand chose n'a
    été prévu pour les enfants sinon beaucoup de devoirs le soir, à
    la maison. On ne peut pas chômer ici, ça n'entre pas dans le décor.
    Il en va de même pour une femme. Quelque soit sa spécialité, elle
    pourra trouver quelque chose ici, aisément et rapidement. Les femmes
    sont bien perçues au travail, elles sont respectées et perçoivent
    un salaire égal. On leur confie les mêmes responsabilités qu'aux
    hommes et je ne crois pas que le harcèlement sexuel fasse partie du
    contrat d'embauche.


    Une femme étrangère peut
    compter sur la gentillesse de ses collègues. Les hommes seront sans
    doute un peu distants mais les femmes se feront un plaisir de l'accompagner
    déjeuner si elle leur montre un peu d'intérêt. Les relations d'amitié
    restent assez superficielles et les conversations ne sont souvent qu'un
    échange d'idées préconçues et de jugements raisonnables.


    Ne "bousculez"
    pas les Chinois, ni au travail ni ailleurs. Ils perdent la face très
    facilement et c'est le pire qui puisse leur arriver. Ils ne vous le
    pardonneraient pas. Certains haïssent TOUS les blancs pour s'être
    entendu dire "f... you" par un Occidental un jour au bureau
    !


    Si l'on possède un capital
    et une bonne idée, Hong Kong est l'endroit ou s'essayer aux affaires.
    Une compagnie devient légalement enregistrée pour environ 2200 dollars
    Hong Kong et permet de payer moins d'impôts bien qu'ils ne représentent
    que 17% des revenus.


    Trouver du travail ne pose
    pas de problème. La manne principale vient du quotidien South China
    Morning Post (procurez-vous le numéro du samedi, ne serait-ce que pour
    l'épaisseur des sections d'offres d'emplois pour une ville de six millions
    d'habitants et vous aurez une idée de ce que vous pouvez trouver ici).
    On peut s'inscrire dans une agence et les appels continueront bien après
    votre premier salaire. La période d'essai est en général de trois
    mois. Les compagnies étrangères foisonnent mais il faut se débrouiller
    en anglais. Le problème reste celui du visa de travail mais un visa
    de touriste de trois mois vous est donné à l'arrivee ce qui laisse
    le temps de se retourner.


    Et pour finir, la météo:
    Nous sommes le premier décembre; une chemise manches-courtes et un
    jean suffisent. Il y a du soleil et la température doit tourner autour
    de 26o. Mais l'été a été pourri avec une pluie battante tout le
    mois de juillet et août. L'humidité est pénible de février à septembre.
    L'air conditionné et le déshumidificateur font partie des meubles.
    L'air est sale. Le meilleur moyen de se déplacer est à moto mais évitez
    de mettre des chemises blanches qui seraient grises à l'arrivée.


    Bibliographie


    Je vous recommande deux
    bouquins: "Hong Kong et Macao" par Joseph Kessel pour un brin
    d'histoire présentée de manière incomparable. "HongKong"
    publie par Autrement - Une collection d'articles récents sur la colonie.
    Avec ça vous aurez un tableau assez complet de ce qui vous attend ici.


    L'auteur


    Pascal Leclerc alias Nish
    Man the Heretic - leclerc@ln.edu.hk - http://www.heresy.com.hk/fdefault.htm


    SysOp de HERESY Bbs (6:700/586)
    - (852) 2657 1386


    Professeur de Français
    au Lingnan College à Hong Kong J'habite à Hong Kong depuis 1983. Ma
    femme est hongkongaise et nous avons deux petites filles qui parlent
    cantonnais, français et anglais.


    Nish





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